La mer était ce matin là d’un bleu profond.

De ce bleu qui me rappelle un tableau, insolite, avec des tigres et des icebergs.

Un bleu froid.

Mais l’air est déjà chaud , et ce bleu m’appelle, m’attire comme un aimant.

Je vais y plonger, comme la lame d’un couteau dans un  gâteau.

Je vais m’y glisser comme une cuillère dans la tasse de café.

Me laissant éblouir par le soleil montant, je m’approche de l’eau. Je la désire presque physiquement. J’aime cette sensation de fusion avec l’élément.

Le rocher.

Je ferme les yeux.

Je saute.

Ma tête, mes bras, mes épaules, mes seins, mon ventre, mes hanches et mes jambes tout entières sont engloutis.

Le silence.

Je rouvre les yeux.

Ce n’est plus le bleu profond qui m’entoure : ce sont mille couleurs et mille reflets.

Les algues vertes, les anémones rouges, les oursins violets, les poissons argentés…

Et les éclats du soleil qui jouent là haut dans les vagues.

Et les rayons qui percent les profondeurs.

Le manque d’air.

Je remonte.

Maintenant, je ne vois que du bleu.

Dessous, dessus.

Bleu ciel et bleu mer.

Immensités de bleu.

Un goéland traverse l’espace.

Je me laisse flotter.

Le temps semble arrêté.

Pourtant tout bouge autour de moi : les nuages qui défilent, les vagues qui passent, les poissons qui se croisent et les algues qui dansent, un bateau qui gîte.

Tiens, du blanc !

Deux belles voiles blanches, comme des robes de mariée, qui se gonflent, qui se tendent.

Un sillage d’écume, la belle traîne …

C’est le mariage de l’eau et du vent.

Marinette