Ses genoux tremblaient un peu et elle craignit un moment de tomber, mais la sensation se dissipa et elle suivit le quai jusqu'au bâtiment des douanes.
Elle n'en voyait pas la fin, de ce long mur de pierres grises bordées de briques rouges. Les fenêtres à barreaux se succédaient, mais jamais une porte lui permettant d'entrer et de mettre fin à son supplice.
Elle hésitait entre accélérer et ralentir, ou même s'arrêter, et s'asseoir à même le sol, pour laisser passer la pression. Mais elle se ressaisit et garda une démarche souple, régulière, détachée et élégante. Malgré ses jolis talons qui se faufilaient dans les replis des pavés. Malgré la chaleur lourde qui semblait étouffer toute vie autour d'elle.
Elle vit un homme sortir sur le pont d'un bateau, vêtu de blanc. Il était dans l'ombre de la grand voile, qui bien qu'enroulée sur la baume, apportait un espace de fraîcheur. Elle s'arrêta alors, sortit son mouchoir fin de coton, s'épongea délicatement le front, les tempes, le menton et le cou, puis se tamponna les yeux afin d'être certaine de ce qu'ils voyaient.
Elle n'osait croire à ce miracle : celui qu'elle croyait mort, perdu, disparu à tout jamais, était il possible qu'il soit là, maintenant, si près d'elle, si beau, si fort, si imperturbable ? Il ne l'avait certainement pas vue, car elle n'était pas la seule à s'avancer sur ce quai. Les marins chargeaient et déchargeaient des caisses, des barriques, des sacs de toutes sortes. Des pêcheurs réparaient leurs filets. les douaniers surveillaient tout ce petit monde du coin de l'oeil.
Marguerite reprit son souffle, et se mit à courir autant que possible vers ce grand voilier, vers ce grand homme penché dans ses écoutes emmêlées. Quand il relava la tête, elle n'était plus qu'à quelques mètres, il la vit se faufilant vers lui comme une enfant qui court dans un champ en essayant d'attraper les paillons. Il lui sourit.
Marianne