Ces genoux tremblaient un peu et elle craignit un moment de tomber, mais la sensation se dissipa et elle suivit le quai jusqu'au bâtiment des douanes.
Il était un peu moins de 23 heures, elle avait encore quelques minutes devant elle.
Souffler un peu, se ressaisir était sa priorité. Elle ralentit le pas et observa les gros bateaux amarrés à quai, il faisait doux dans cette soirée de mai et l'agencement des goélands l'apaisa.
Tout allait aller bien maintenant, porter cette valise au rendez-vous, prendre fric et c'est tout. Ne pas poser de questions, ne pas savoir ce qu'il y avait dedans était le prix de la tranquilité et de sa vie nouvelle.
Huit jours plus tôt, elle avait regardé ces même quais avec l'envie de s'y jeter, alors qu'est-ce qu'elle risquait ? Plus rien n'avait d'importance à ce moment là, le vide était partout en elle, alors ça ou autre chose, ça ou se jeter, pourquoi pas, elle avait accepté.
Le job n'était pas compliqué  et il ne fallait surtout rien chercher à savoir, ça tombait bien, elle ne voulait rien savoir, d'ailleurs elle ne voulait plus rien du tout, rien.
Aller récupérer une valise consignée à l'aéroport de Marignane, la ramener huit jours plus tard sur ces mêmes quais, 23 heures, derrière le bâtiment des douanes. Elle y était.
Tout avait été facile, si facile, si ce n'est son cerveau qui avait recommencé à fonctionner. Elle aurait de l'argent, elle aurait le droit de vivre, d'espérer à nouveau, mais qu'allait elle faire ?
Et ce cerveau à nouveau en vie réveillait la conscience endormie et inerte et se demandait ce qu'elle était en train de faire maintenant, à cette heure, sur ces quais, de quel crime se rendait-elle coupable ?
Ne pas savoir, juste avancer, ne pas parler.
Oui mais elle était réveillée maintenant, elle était à nouveau en vie et quoi faire après et comment faire après ? A présent qu'un futur existait, il interrogeait le présent. Et si il elle regardait juste un peu, et si...
Rien n'est plus terrible qu'une conscience réveillée !
Un trait de nostalgie la traversa et lui fit regretter d'être encore huit jours plus tôt, vide et en déséquilibre sur le bord de ces quais.