Hammam

Dans ton ventre nous entrons,

Fraiches, impures et tendues.

Puis de ta chaleur nous nous entourons,

Cette langueur tant attendue.

Les corps nus, le savon noir,

Les vapeurs entre les mosaïques,

Il ne manque que des miroirs

Car nulle ici n’est pudique.

L’eau coule dans les vasques,

Les peaux se ramollissent

            Une beauté se fait un masque

Voulant encore que la boue l’embellisse.

Puis vient l’heure du gommage

Mélange de crainte et de délivrance.

                                   Allongée sur le marbre frais,

La victime suit la cadence

Du frictionnement qui l’effraie.

Le bourreau, pourtant, n’est qu’une femme

Qui se promène des pieds à la tête

Mais sous ses mains s’enflamme

L’épiderme , comme une allumette

Autour d’elles les murmures

                        Parfois un rire qui résonne

Entre ces quatres murs

Tout le monde s’abandonne

Noirs et blancs

Les peuples se mélangent

Hors du temps

Quel lieu étrange

Hammam, en ton sein

Ne se trouvent que des humains.